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Oraux bac 2019 s'exprimer avec aisance, minimum estime de soi

par webmaster le 25-06-2019

Oraux du bac 2019 : « On ne peut pas s’exprimer avec aisance si on n’a pas un minimum d’estime de soi »

Exposer seul un sujet face à un jury est une épreuve que redoutent beaucoup de candidats au bac. Sourire, respirer, faire attention à son regard et sa diction : une professeure de théâtre livre quelques conseils.

Les oraux du bac de français, pour les élèves de première, s’organisent à partir de cette semaine. Une épreuve redoutée par de nombreux jeunes, peu habitués à ce type d’exercice, pourtant amené à se développer dans le cadre du nouveau bac porté par Jean-Michel Blanquer. Autrice du Petit Manuel à l’usage de ceux pour qui l’oral est un cauchemar (éd. Le Livre de poche, janvier 2019, 13,90 euros), la comédienne Valérie Guerlain – qui fut la voix off de l’émission « Ce n’est pas sorcier » sur France 3 de 1993 à 2014 –, livre des conseils pour gagner en aisance à l’oral dans le cadre d’un examen.

Pourquoi autant de lycéens appréhendent de passer un oral ?

Valérie Guerlain : On demande aux jeunes et aux étudiants de faire des exposés, de présenter des soutenances de thèse et, plus tard, de se vendre devant des recruteurs, mais on ne leur donne aucun cours pour leur expliquer comment y arriver. On les laisse se débrouiller avec leur timidité, leur voix qu’on n’entend pas… Pas étonnant ensuite que beaucoup d’entre eux aient du mal à parler, à savoir qui ils sont, ce qu’ils veulent faire… Bref, à s’affirmer à l’oral. On ne peut pas s’exprimer avec aisance à l’oral si on n’a pas un minimum d’estime de soi.

Comment cultiver cette estime de soi, concrètement ?

L’estime de soi n’est pas innée. Elle s’acquiert avec le temps en travaillant. Il faut commencer par bannir de son vocabulaire ce que j’appelle « les mots chacals », tous ces messages négatifs que l’on a pu entendre dans l’enfance ou au cours de sa vie et que l’on finit, parfois sans s’en rendre compte, par s’approprier. Plus on se dit qu’on est nul et plus on risque de le devenir effectivement. Pour favoriser l’estime de soi, il est également nécessaire de sortir de la procrastination. Car remettre à plus tard ce qu’on doit faire entache notre image de nous-mêmes.

La pratique du théâtre peut aider ?

Oui, énormément. Ça ne sert à rien de se répéter « je suis timide », comme si c’était une fatalité. Il faut chercher des solutions et passer à l’action. Au début, on peut réaliser des exercices tout simples comme le test du miroir : se regarder dans les yeux pendant une minute face à la glace sans lâcher le regard en se disant des mots gentils. Mais pour se reconnecter avec la personne que l’on est, rien de tel que le théâtre. On se confronte à des situations nouvelles, on traverse plein d’émotions, on endosse des costumes de gens qui ne nous ressemblent pas forcément et, peu à peu, on se découvre, on s’apprivoise.

Comment enseigner aux jeunes des techniques d’élocution qui leur font parfois défaut ?

L’objectif n’est pas d’en faire des pros de l’éloquence, qui est le degré au-dessus, mais simplement de leur permettre d’ouvrir la bouche devant un public et d’être compris. L’oral est un tout. Un élève aura beau maîtriser parfaitement son sujet, s’il bafouille, s’il a le regard fuyant, il perdra forcément des points. Il est donc important de travailler son articulation, sa diction. Avec un professeur ou même tout seul. On peut faire des exercices de vocalises, à raison de cinq minutes par jour, et aussi s’entraîner à répéter des phrases comme « Je veux et j’exige d’exquises excuses » en faisant la liaison, en exagérant l’articulation et en maîtrisant sa respiration.

Vous recommandez d’utiliser la respiration ventrale. Qu’apporte-t-elle à l’oral ?

Spontanément, quand on respire, on gonfle les poumons à l’inspiration et à l’expiration, on souffle par le nez. C’est alors le haut du corps qui travaille, c’est-à-dire la zone où se trouve le cœur, siège de nos émotions. Descendre la respiration au niveau du ventre comme le font les comédiens et les chanteurs permet à la fois de se recentrer, de se reconcentrer et de maîtriser ses émotions. Au début, il est plus facile de la pratiquer allongé mais, avec l’entraînement, on arrive à la mettre en place aussi debout.

Pour aider les élèves à se concentrer avant l’oral, vous les invitez à se créer une « bulle écologique ». De quoi s’agit-il ?

L’idée est de s’offrir un sas de décompression avant d’entrer dans la salle d’examens pour ne pas se laisser distraire par quoi que ce soit autour. On écarte les bras de chaque côté, on ferme ses oreilles, on respire tranquillement avec le ventre, on pense à toutes les choses que l’on a déjà été capable d’accomplir et on ne projette que du positif, ce qu’on appelle la visualisation. En se répétant que ça va bien se passer, qu’on va réussir, on occupe intelligemment son cerveau. On lui évite de ressasser des pensées négatives, ce qui libère de la place pour autre chose.

Dans vos cours, vous obligez vos élèves à sourire. Pourquoi est-ce si important quand on s’exprime à l’oral ?

Les jeunes ont perdu l’habitude de sourire. Cela fait pourtant partie du respect que l’on doit aux autres, au même titre que de dire bonjour. Comment voulez-vous que votre interlocuteur vous écoute si vous lui faites une tête d’enterrement ? Vous vous apprêtez à passer un oral important, certes, mais vous ne jouez pas votre vie ! Alors souriez ! Vous vous ferez aussi du bien à vous-mêmes. Vos muscles se détendront, votre esprit s’apaisera. Bref, vous serez beaucoup mieux armé pour répondre aux questions de l’examinateur.

En 2021, les élèves de terminale passeront un « grand oral » qui comptera pour 15 % dans la note finale. Cela vous semble-t-il une bonne idée ?

Oui, à condition qu’on les prépare ! Je souhaiterais que le ministère de l’éducation nationale forme tous les enseignants aux techniques de l’oral et qu’il intègre cette matière en tant que telle dans les programmes de la sixième à la terminale, à raison d’une heure par semaine. C’est en donnant l’opportunité aux élèves de faire de l’improvisation, d’apprendre la respiration ventrale, de travailler sur la confiance en eux qu’on leur donnera de la visibilité sur leur avenir.

Cf.Le Monde - 24 juin 2019