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Statut de l'enseignement privé : ce que cachent les diplômes

par webmaster le 17-05-2019

Statut de l’enseignement privé : ce que cachent les diplômes

Dans le supérieur, qu’elles soient reconnues par l’Etat ou soutenues par les fédérations professionnelles, les écoles privées multiplient labels et appellations, entretenant parfois le plus grand flou.

Par Pascal Galinier Publié aujourd’hui à 08h00, mis à jour à 10h27 – Le Monde

Le secteur de l’enseignement supérieur dit « privé » compte, en France, un nombre incalculable d’établissements aux statuts divers et variés. Et presque autant de diplômes. En gros, deux catégories – et deux ministères – se partagent le marché, se regardant souvent en chiens de faïence.

D’un côté les grandes écoles accréditées comme telles par l’Etat et la Conférence des grandes écoles (CGE). Au nombre de 229, elles seules peuvent – en plus des universités – délivrer les grades post bac : licence, master, doctorat et le diplôme d’ingénieur reconnu par la Commission des titres d’ingénieur. Sous le contrôle du ministère de l’enseignement supérieur de la recherche et de l’innovation. En face, les écoles « libres » – libres d’entreprendre sur le marché de l’enseignement supérieur, lui aussi libre, aux termes de la loi française. Les diplômes que délivrent la plupart d’entre elles sont des titres de qualification professionnelle, inscrits au Répertoire national des certifications professionnelles (RNCP), et contrôlés à ce titre par les fédérations professionnelles, sous le regard du ministère du travail.

« Le grade, c’est le Graal »

Il y a de tout dans cette offre alternative. « N’importe qui peut ouvrir une école ou un institut de formation, rappelle Jean-Michel Jolion, délégué régional du ministère de l’enseignement supérieur à la recherche et à la technologie, à Lyon. Il suffit d’avoir un local, l’autorisation d’accueillir du public, un casier judiciaire vierge et l’accord du recteur de l’académie qui garantit que le programme de l’école est en phase avec les objectifs de formation. » Un statut a été créé sur mesure en 2014 pour permettre à certaines écoles privées de revendiquer une « mission d’intérêt général » : l’Eespig (établissement d’enseignement supérieur privé d’intérêt général). Elles étaient au nombre de 60 le 1er janvier 2019. Ce statut leur permet de passer du « bon » côté, de « vendre » des diplômes reconnus par l’Etat. « Le grade, c’est le Graal », résume M. Jolion, ancien conseiller de plusieurs ministres de l’enseignement.

Il fut un temps envisagé d’établir un système de badges, un genre d’AOP (appellation d’origine protégée) pour distinguer les grandes écoles accréditées des autres. La direction des fraudes fut mise à contribution pour aller dénicher, dans les publicités et les salons d’étudiants, les fausses déclarations et les abus de langage – le terme « master » est mis à toutes les sauces pour rendre attractifs des cursus bac + 5… et justifier des tarifs parfois prohibitifs. La CGE a ensuite pris le relais, avec un succès mitigé. « Une école qui disparaît, c’est dix qui se créent », soupire Alice Guilhon, directrice générale de Skema Business School, élue à la tête du chapitre des écoles de management de la CGE. Cette association a lancé en 2001 un label Badge (bilan d’aptitude délivré par les grandes écoles) pour la validation des acquis professionnels des étudiants en formation continue. Mais peu d’écoles CGE le mettent en exergue comme un label officiel.