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L'intelligence artificielle signe-t-elle fin critique gastronomique ?

par webmaster le 26-04-2018

L’intelligence artificielle signe-t-elle la fin du critique gastronomique ?

Par Anne-Laure Mignon | Le 25 avril 2018 - Le Figaro


Pepeats est une application gratuite qui utilise l'intelligence artificielle afin d'être un moteur d’inspiration sur mesure pour le consommateur sur les restaurants et les bars. Cette révolution technologique sonne- t-elle la fin des critiques gastronomiques ? On en parle avec Gilles Pudlowski.

Lancée en septembre dernier, l’application Pepeats utilise l’intelligence artificielle pour conseiller restaurants et bars à ses utilisateurs. Géolocalisation, historique des lieux préférés, datas Facebook, mentions «j'aime», habitudes des followers... L’algorithme s’inspire de tous ces critères dans son calcul et anticiperait ainsi nos futurs établissements coups de cœur. «Si vous avez aimé A et B, vous devriez aimer C», nous explique Romain Legallais (1), cofondateur de l’application. Mais face aux recommandations ultra-personnalisées proposées par ces nouvelles technologies, quel sera l’avenir des guides gastronomiques, du métier de critique et des sites d'avis ? Réponse, avec le startupeur et avec le journaliste Gilles Pudlowski (2).

Du guide Michelin aux plateformes en ligne…

L’aventure Michelin commence en 1900. Publié à l’occasion de l’Exposition universelle par la société des pneumatiques Michelin, il s’agit avant tout d’un guide publicitaire adressé aux cyclistes et aux premiers automobilistes qui fait état du réseau routier, liste les rares garagistes de France ainsi que les cabinets de médecins. Au début des années 1920, lorsque l’automobile se développe réellement et avec elle une nouvelle forme de «gastronomie du voyageur», le guide mise alors sur les tables qui «valent le voyage» ou «méritent un détour». En 1931, le classement des étoiles récompense les plus hauts lieux de la gastronomie française. Trente ans plus tard, à l’aube de mai 1968, alors que les habitudes de consommation et les modes de vie changent, le Gault & Millau est créé au sein de la rédaction de Paris-Presse. Il devient le premier livre gastronomique de la capitale, avant de s’étendre partout en France et d'acquérir la popularité de son cousin, le Guide rouge. En 1990 puis en 2000, le Pudlo et le Fooding rejoignent le club très fermé des bibles culinaires. C'est alors que la révolution numérique donne naissance à de nombreuses plateformes d’avis en ligne.

L’évolution du métier de critique

Jusque-là, seuls les journalistes étaient habilités à critiquer une adresse, mais des sites communautaires, tels Yelp, TripAdvisor ou Foursquare, donnent pour la première fois la parole à tous. Le changement est radical. «Pendant longtemps, les différents guides ne se sont intéressés qu’aux grandes adresses quand ces plateformes recensaient tous les établissements, du bistrot au restaurant étoilé en passant par la crêperie du coin, explique le journaliste Gilles Pudlowski. Sans TripAdvisor, il y aurait des restaurants dont on ne connaîtrait pas l’existence et ce serait dommage».

Sans TripAdvisor, il y aurait des restaurants dont on ne connaîtrait pas l’existence 

Pour leur survie, les grands guides se lancent alors dans cette révolution technologique : créations de sites internet, applications mobiles avec géolocalisation, filtrages des résultats, photos et avis de consommateurs... En 2010, Gilles Pudlowski rejoint à son tour les Internets et lance son blog Les pieds dans le plat. «Je suis critique gastronomique depuis 40 ans, mon métier a effectivement beaucoup évolué, reconnaît-il. D’une part, le support est différent et d’autre part, il faut être plus rapide et plus réactif, notamment sur les réseaux sociaux.» Si guides et critiques ont su s'adapter et prendre, avec les années, un virage 2.0, le développement de l'intelligence artificielle et l'arrivée de nouvelles applications privilégiant la data à l'expérience humaine est un nouveau tournant. L’éditeur des guides Pudlo préfère rester optimiste : «C’est encore une révolution, au même titre que celle qu’on a connue avec l’arrivée d’Internet dans les années 2000».

L'intelligence artificielle est-elle le futur ?

«Facebook vous suggère des amis, Amazon des produits et Pepeats des restaurants», c’est ainsi que Romain Legallais nous présente son application, lancée depuis le mois de septembre 2017. L’idée ? Utiliser l’intelligence artificielle pour mieux conseiller à ses utilisateurs, restaurants, bars et autres établissements susceptibles de leur plaire. Pour réaliser ce calcul, l’algorithme de Pepeats se base sur plusieurs critères : la recherche actuelle de l’utilisateur, ses recherches précédentes et les recherches de ses amis. «Plus on enrichit sa liste d'adresses, plus l’algorithme affine nos choix avec davantage de propositions», indique le startupeur. «Ici, pas de faux commentaires ni de faux restaurants, on s’adresse à notre réseau de confiance, ceux à qui on finira de toute façon par demander l’avis». Pour autant l'intention de Romain Legallais n'est pas de remplacer les critiques gastronomiques : «Tous les supports sont compatibles. On peut tout à fait rentrer une adresse 'à tester' sur sa carte interactive Pepeats en l’ayant découverte en feuilletant le guide Michelin, en naviguant sur un site d’avis ou sur un blog, rappelle-t-il. Il faut simplement voir l’intelligence artificielle comme un outil en plus». Même son de cloche pour Gilles Pudlowski : «Je ne vois pas cela comme de la concurrence, il y a de la place pour tout le monde, y compris pour l'intelligence artificielle».

(1) Pepeats, «l'appli foodie qui vous connaît par cœur».
(2) Gilles Pudlowski, journaliste et critique gastronomique, auteur du blog Les Pieds dans le Plat.

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